mercredi 27 janvier 2016

Blog, J.Ph. Blondel (2010)


     Un ado de 15 ans, élève en 2nde, tient un blog depuis qu'il est en 5e. Ce blog, c'est en quelque sorte son journal intime. Il y raconte sa vie d'adolescent. 
     Un jour, il découvre que son père lit son blog. Il se sent trahi, et ne supporte pas cette intrusion dans sa vie privée. Chose paradoxale puisque, par définition, un blog est  d'accès public (mais chose dont les ados n'ont que très rarement conscience). Il décide alors de ne plus jamais adresser la parole à son père tout le temps qu'il vivra dans la maison familiale. 
     Pour se racheter, le père lui fait cadeau d'un carton poussiéreux, tout droit sorti du grenier. Ce carton, c'est la boîte de Pandore. A l'intérieur se trouve toute l'adolescence de Philippe, le père du narrateur. Des photos, des bulletins scolaires, mais surtout quatre journaux intimes écrits entre 1979 et 1982. A la lecture de ces carnets, le narrateur va découvrir une autre image de son père, et surtout un terrible secret de famille.

     Ce court roman est un très bon récit pour la jeunesse. Je pense sincèrement que si je l'avais eu entre les mains lorsque j'étais ado, je l'aurais dévoré. Cette relation conflictuelle entre le père et le fils est très bien racontée. La haine ressentie par le narrateur lorsqu'il découvre que son père le lit est bien décrite. Et puis, bien évidemment, le premier amour naissant. Tout y est. De quoi passer un excellent moment de lecture si l'on a soi-même quinze ans.

"   Je sais. Il y a des mômes qui subissent des trucs horribles, et comparée à leur souffrance, ma révolte peut paraître futile. Voire carrément stupide. Parce que non, il ne m'a pas frappé. Il ne m'a pas violé. Il ne m'a pas foutu la honte devant mes amis. Il n'a pas tenté de draguer ma copine – je n'en ai pas pour l'instant, ça règle le problème. Il n'a pas non plus trompé ma mère ni incendié la maison. Rien de tout ça, et un peu de tout ça quand même, mine de rien. Surtout le viol. Sauf que cest un viol virtuel.
     Il a lu mon blog.
   Je ne l'ai jamais autorisé à le lire, bien sûr. Je ne lui en ai même jamais parlé. Ni mentionné son existence. Dans un pavillon étriqué comme le nôtre, personne n'a réellement d'intimité. Tout se sait, tout s'entend – même quand les parents se donnent du plaisir en faisant leur possible pour ne laisser échapper aucun cri ni aucun râle. Alors, le blog, c'était mon espace privé. Mon domaine. Et il a tout salopé. Je trouve ça dégueulasse. Ma révolte, je la revendique. Parce qu'il ne s'est pas retrouvé sur mon blog par hasard. Et qu'il ne s'y est pas rendu qu'une fois. Il l'a suivi, pisté, décortiqué. Quand je suis en face de lui, maintenant, j'ai l'impression de me promener nu en pleine ville. Et ça me donne envie de gerber."
 
Blog, Jean-Philippe Blondel
Acte Sud Junior, 2010, 107.p  

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire