lundi 12 octobre 2015

No et moi, Delphine de Vigan (2007)

     Et à nouveau une relecture ! Décidément, moi qui ne lisais jamais deux fois le même livre, 2015 aura été l'année des relectures ! Cette fois, c'est plus pour un besoin professionnel que par plaisir personnel. J'avais découvert ce roman en août 2010 et l'avais vraiment apprécié. Cherchant de nouvelles lectures à proposer à mes 3èmes, je me suis souvenue de celle-ci. Mais elle fut moins agréable que dans mon souvenir. Peut-être est-ce tout simplement dû au fait qu'il y avait un objectif professionnel derrière.


     L'histoire est touchante. On se laisse attendrir par le personnage principal qui n'est autre que la toute jeune narratrice, Lou Bertignac, âgée de seulement 13 ans et déjà en classe de 2nde. Lou est ce qu'on appelle un EIP (enfant/élève intellectuellement précoce). Son camarade de classe la définit ainsi "T'es toute petite et t'es toute grande." Lui, c'est Lucas Muller. L'extrême opposé de Lou. Il a deux ans de retard, beaucoup de charme et de confiance en lui, il est insolent. C'est le chef de la classe. Aussi improbable que cela puisse être, une amitié va naître entre eux. Amitié qui sera renforcée par le lien que constitue No. No ou Nolwenn Pivert. Agée de tout juste 18 ans, elle est SDF. Lou fait sa connaissance à la gare d'Austerlitz et décide, dans le cadre de son cours de SES avec monsieur Marin, de faire un exposé sur les jeunes femmes sans domicile fixe à partir du témoignage de No. 
     Une amitié va naître entre elles. Cette amitié fera grandir Lou, permettra (pour un moment au moins) de remettre No dans le bon chemin, et guérira en partie la mère de Lou de la dépression profonde dont elle est atteinte. Une belle amitié, mais qui personnellement m'a laissé un goût amer à la fin de la lecture. 
     J'ai trouvé la fin sombre. Il y a un écart entre le monde des adultes représenté par les parents de Lou et celui des ados représenté par Lou et Lucas. Les ados font tout ce qu'ils peuvent pour "sauver" leur amie quand les parents n'ont pas l'air plus inquiets que cela. No est sortie de leur vie aussi facilement qu'elle y est entrée. Lou dirait : "Les choses sont ce qu''elles sont". Ce côté un peu résigné des adultes, certes proche de la réalité, ne m'a pas vraiment plu. Mais c'est surtout la fin de l'histoire concernant No qui m'a le plus dérangée. Cela se termine sur une vision sombre des SDF. Comme s'ils n'avaient finalement pas moyen de sortir de cet état. Que c'est leur vie et que : "Chacun sa vie. Finalement, c'est No qui  a raison. Il ne faut pas tout mélanger. Il y a des choses qui ne se mélangent pas." 
     Cependant, il y a quand même une note positive lorsque Monsieur Marin à l'heure de la retraite dit à Lou : "Ne renoncez pas." Lui qui n'est au courant de rien mais qui a très bien compris le caractère de Lou. Dans ce "Ne renoncez pas" il y a cet appel à toujours se battre contre les injustices de la vie, ne jamais les tolérer. Et effectivement, je pense que la jeune Lou a besoin de cette parole pour continuer à grandir.

     Pour conclure, l'histoire m'a moins emballée que la première fois. Mais peut-être est-ce tout simplement dû au fait que c'était l'enseignante qui jugeait la lecture qu'elle pourrait donner à ses élèves. Et non, je ne leur donnerai pas. 
     Tout d'abord parce que le thème est un peu difficile pour eux : ils ne sont pas assez matures et vu l'endroit où j'enseigne je ne suis pas convaincue que la thématique des sans-abris soit quelque chose qui les interpelle. 
   Ensuite, parce que stylistiquement, je ne vois pas bien ce que je pourrais dire de l'écriture de Delphine de Vigan ; mais aussi parce que les phrases étant très longues (mimant la façon de penser de Lou), je ne suis pas sûre qu'ils arrivent à tout comprendre à chaque fois (le sens des phrases mis en valeur grâce à la ponctuation est un véritable problème pour eux). 
    Enfin, parce qu'à titre personnel, je trouve la fin beaucoup trop sombre. Certains, et notamment certaines élèves, sont en famille d'accueil et l'histoire de No peut ne pas leur donner une image très positive de l'avenir qui les attend. La vie n'est pas toujours rose, d'accord, mais si on pouvait leur donner des textes gais par moments, ce serait bien aussi. 
    Voilà pourquoi je ne leur ferai pas étudier en classe. Et non, je ne prends pas mes élèves pour des imbéciles. J'enseigne juste dans un collège rural assez défavorisé. Toutefois, cela ne m'empêchera pas de leur faire découvrir le roman : le liront ceux qui le voudront pour leur propre plaisir !


"Ceux qui croient que la grammaire n'est qu'un ensemble de règles et de contraintes se trompent. Si on s'y attache la grammaire révèle le sens caché de l'histoire, dissimule le désordre et l'abandon, relie les éléments, rapproche les contraires, la grammaire est un formidable moyen d'organiser le monde comme on voudrait qu'il soit." (p.155-156)


No et moi, Delphine de Vigan (2007)
ed. Livre de poche (240p)

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