lundi 25 mai 2015

Comme un roman, Daniel Pennac

     Depuis quelque temps, un besoin inconnu jusque-là s'abat sur moi : une envie de relecture ! Ça ne m'était jamais arrivé. Je me suis toujours dit qu'il y avait tellement de romans à découvrir que je n'allais pas "perdre mon temps" à relire une histoire que je connaissais déjà. Finalement, j'ai redécouvert, en mars, Madame Bovary, presque quinze ans après l'avoir lu une première fois et, depuis hier soir, je retrouve, treize ans après notre première rencontre, Julien Sorel et Mme de Rênal (Le Rouge et le Noir). 

     Entre deux, j'ai lu quelques romans contemporains, mais qui ne m'ont pas enthousiasmée, loin de là. La preuve : je ne les ai même pas chroniqués. Il s'agit de Les Débutantes de J.Courtney Sullivan et de Nos étoiles contraires de John Green. Deux romans pourtant primés.

     Grâce à Livraddict, j'ai eu envie de me replonger dans Comme un roman de Daniel Pennac, petit essai qui allait me permettre, assurément, de me remettre en selle après ces deux "échecs". L'ayant lu d'une traite la première fois, il y a trois ans, j'ai savouré cette deuxième lecture en picorant quelques pages par-ci par-là. Du pur bonheur.


     Que dire de cette lecture, mise à part qu'elle permet de réfléchir à notre pratique de lecteur et, en ce qui me concerne, à ma pratique enseignante ? C'est déjà beaucoup pour un livre, sachant, comme le rappelle Pennac, qu'un roman est d'abord là pour nous raconter une histoire et non pour qu'on le commente.

         Dans la première partie intitulée "Naissance de l'alchimiste", Pennac dresse le portrait d'un ado enfermé dans sa chambre, obligé qu'il est de lire pour l'école. Cet ado, bien évidemment, n'aime pas lire ! Il cherche donc toutes les stratégies possibles pour donner l'impression qu'il a lu le dit roman, sans bien sûr se taper ce pavé. Pourtant, enfant, il aimait lire ! il aimait qu'on lui raconte une histoire avant de s'endormir. Il avait même hâte d'apprendre à lire ! Que s'est-il donc passé ? Les parents désignent la télé comme coupable. Mais est-ce la seule responsable ?

         Puis, dans la deuxième partie, "Il faut lire (le dogme)",  Pennac évoque le rôle de l'école dans le désintérêt de l'ado pour la lecture. Il désigne comme responsables les professeurs de français et leurs méthodes analytiques, leurs grilles de lecture, leurs sempiternelles questions afin de vérifier si l'élève a bien compris ce qu'il a lu. Pennac rappelle que quand l'élève était petit, qu'il ne savait pas lire, on ne l'embêtait pas avec des questions. La lecture était gratuite. On ne demandait rien en échange. C'était une lecture cadeau. c'est la clé pour réconcilier l'élève avec la lecture. Il faut le faire redevenir le petit enfant qui aimait qu'on lui raconte une histoire avant de s'endormir, sans rien attendre en échange. C'est ce qu'il développe dans la troisième partie intitulée "Donner à lire".

         Enfin, les dix droits du lecteurs sont listés et expliqués dans "Le qu'en-lira-t-on (ou les droits imprescriptibles du lecteur)".

    1. Le droit de ne pas lire.
    2. Le droit de sauter des pages.
    3. Le droit de ne pas finir un livre.
    4. Le droit de relire.
    5. Le droit de lire n'importe quoi.
    6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).
    7. Le droit de lire n'importe où.
    8. Le droit de grapiller.
    9. Le droit de lire à haute voix.
    10. Le droit de nous taire.  
     Pour conclure, cette (re)lecture fut à nouveau un coup de coeur. Elle amène à réfléchir à notre propre relation aux livres et à la lecture, ainsi qu'au rôle de l'école, et plus particulièrement à celui du professeur de français, dans la discorde entre l'ado et la lecture.

    Quelques citations :
    "Le verbe lire ne supporte pas l'impératif." (p.13)

    "Il est, d'entrée de jeu, le bon lecteur qu'il restera si les adultes qui l'entourent nourrissent son enthousiasme au lieu de se prouver leur compétence, stimulent son désir d'apprendre avant de lui imposer le devoir de réciter, l'accompagnent dans son effort sans se contenter de l'attendre au tournant, consentent à perdre des soirées au lieu de chercher à gagner du temps, font vibrer le présent sans brandir la menace de l'avenir, se refusent de changer en corvée ce qui était un plaisir, entretiennent ce plaisir jusqu'à ce qu'il s'en fasse un devoir, fondent ce devoir sur la gratuité de tout apprentissage culturel, et retrouvent eux-mêmes le plaisir de cette gratuité." (p.62)

    " Il faut lire, il faut lire...
    Et si, au lieu d'exiger la lecture le professeur décidait soudain de partager son propre bonheur de lire ?
    Le bonheur de lire ? Qu'est-ce que c'est que ça, le bonheur de lire ?
    Questions qui supposent un fameux retour sur soi, en effet !" (p.90)

    "Une lecture bien menée sauve de tout, y compris de soi-même." (p.91)

     

     Daniel Pennac, Comme un roman (1992)
    ed. Folio (198p) 

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