lundi 26 janvier 2015

Bacha Posh, Charlotte Erlih (2013)

Quatrième de couverture :  

"Je ne veux pas me morfondre dans mon coin en maudissant le sort. Je n'aime pas ce rôle. Je vais donc continuer à me battre. Voilà mon identité : lutter. Mon identité, c'est de persévérer, non pas d'être un garçon ou une fille. Je suis moi. Et moi, je me bats. Ça ne me gêne pas de mourir. Mais seulement quand j'aurais tout tenté."

     Elle vit comme un garçon, s’habille comme un garçon et passe, aux yeux de tous, pour un garçon.
    C’est une bacha posh : une de ces filles élevées comme des fils dans les familles afghanes qui n’en ont pas.
     À la puberté, elle doit redevenir une jeune femme. Mais quand on a goûté à l’action et à la liberté, comment y renoncer ?






Mon avis :
   Que dire de ce fabuleux petit roman ? Par où commencer ? 
  Cette lecture a été une véritable claque comme j'en ai rarement en littérature jeunesse. Les deux dernières claques reçues dans cette catégorie remontent à il y a deux ans avec Le faire ou mourir de Claire-Lise Marguier, et Les arbres ne meurent jamais de Jeanne Benameur. C'est pour dire que ce n'est pas si fréquent. Je lis beaucoup de choses sympa en jeunesse, c'est une certitude, mais rarement les romans de cette catégorie me bouleversent véritablement.

   Bacha Posh, c'est l'histoire d'une jeune afghane vivant à Kaboul : Farrukhzad. Elle n'a que des soeurs. Son père est insulté par ses camarades qui le disent infertile : il n'est pas capable d'engendrer un fils ! Honte sur lui et sur sa famille. Sa femme et lui décident de déguiser Farrukhzad en garçon, et ce jusqu'à la puberté. C'est ainsi que Farrukhzad devient Farrukh.
  Elle est élevée en garçon : elle peut regarder son père dans les yeux et s'adresser directement à lui, elle peut sortir seule dans les rues de Kaboul, elle apprend le français grâce à des leçons particulières données par son père, elle sait lire et écrire : elle est libre ! 
  De plus, Farrukh fait de l'aviron. Il n'est pas rameur : la condition physique lui fait défaut ; mais il est le chef de l'équipe qu'il a montée lui-même. La seule de Kaboul. Son objectif ? Emmener son équipe aux JO.
   Tout roule jusqu'à cette journée tragique où Farrukh croit mourir tellement son ventre lui fait mal. Les règles débarquent et la puberté est là. Fin du mensonge social. Farrukh doit redevenir Farrukhzad et enfiler la burqa. Oui mais voilà, après avoir goûté à la liberté, pas facile de se soumettre. 

  Etant totalement ignorante en matière de coutumes afghanes, comme de tous les pays de cette partie du monde d'ailleurs, j'ai été sidérée de connaître l'existence de ces Bacha posh, expression qui signifie littéralement en langue dari "habillé comme un garçon". Comment peut-on éduquer son enfant comme un garçon pendant presque 10 ans (environ 5 ans jusqu'à 15 ans) pour ensuite faire de cet enfant une femme, c'est-à-dire un être inutile et méprisé, un objet ? Comment se construire dans ces conditions ?
Les questions posées dans ce livre m'ont véritablement interpellée. Outre le problème de la construction de l'individu et le statut de la femme à Kaboul, ce livre est un véritable hymne à la liberté
   Toutefois, je n'ai pas aimé la fin. J'ai refermé le livre énervée. La fin est bien trop ouverte à mon goût.  Je me suis sentie frustrée ! Là encore, il y a bien longtemps qu'un livre m'avait mise dans cet état.

   Si, comme moi, vous aimez les romans qui vous mettent dans des états inhabituels, je vous recommande vivement la lecture de ce petit bijou !




Bacha Posh, Charlotte Erlih
ed. Actes sud Junior (2013), 192 pages.

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