lundi 6 octobre 2014

Au revoir là-haut, Pierre Lemaître

     Après un long mois sans lire de romans (en fait, j'en ai commencé deux en août, mais n'ai pu me motiver à les poursuivre), me voici de retour avec le prix Goncourt 2013 : Au revoir là-haut de Pierre Lemaître.
Je connaissais cet auteur pour avoir lu de lui, il y a de ça quelques étés déjà, le roman policier Robe de marié. J'avais beaucoup aimé ce polar et c'est avec le même plaisir que j'ai découvert son dernier roman, d'un tout autre style.



     2 Novembre 1918. La fin de la guerre est proche. Le lieutenant Henri d'Aulnay-Pradelle sent qu'il doit jouer un dernier coup s'il veut voir sa carrière évoluer avant que la guerre ne finisse. Il décide donc d'abattre deux de ses soldats et fait croire au reste de la compagnie que ce sont les Boches qui les ont tués. Un soulèvement se produit. Les soldats sont furieux, remontés à bloc contre l'ennemi et partent "tuer du Boche". La guerre, qui s'était tue dans les tranchées, renaît. C'est l'épisode de la cote 113.
      Parmi ces soldats français se trouvent Albert Maillard et Edouard Péricourt. Deux soldats qui ne se connaissent pas, que tout oppose, et qui pourtant vont se retrouver liés suite à cet épisode.
     En effet, Albert va malencontreusement découvrir le stratagème du lieutenant Pradelle. Le lieutenant ne voulant aucun témoin gênant, le pousse dans un trou d'obus. Albert s'y retrouve enseveli vivant et manque de mourir.
     Edouard, blessé à quelques mètres de là, sauve son camarade. Mais il aura moins de chance : il sera défiguré par un éclat d'obus et deviendra une "gueule cassée", chose qu'il n'acceptera jamais. La vie des deux soldats est désormais liée. Ils vont tous les deux monter la plus grande escroquerie nationale.


Mon avis :

     Ce roman me faisait envie depuis sa sortie. Seulement, mettre plus de 20€ dans un bouquin, ce n'est pas vraiment mon truc. J'avais donc décidé d'attendre sa sortie en poche. Finalement, on me l'a offert suite à mon hospitalisation le mois dernier, et je n'ai pas du tout été déçue. Rien tel qu'un bon roman pour se rétablir !
     J'ai adoré sa construction, ses personnages. Dès le départ, l'auteur nous présente un soldat qui ressemble à tout sauf au héros de guerre. D'un physique peu avenant, pleutre, vivant sous le joug d'une mère étouffante qui le rabaisse sans cesse, Albert Maillard a toutes les caractéristiques de l'antihéros. Déjà, à ce moment de la lecture, c'est-à-dire dès les premières pages, je me suis dit que l'auteur était quand même fort de présenter le personnage principal (puisqu'il était évident qu'Albert était le personnage principal) de cette manière. Mais alors, quand à la fin du premier chapitre, au bout de 25 pages, il écrit :     " Albert Maillard, soldat, vient de mourir.", j'ai été conquise et n'ai pu lâcher le livre. Il faut quand même oser : faire du personnage principal un antihéros et le faire mourir au bout de quelques pages seulement, ce n'est quand même pas courant !
     Dans ce premier chapitre, Lemaître présente un autre personnage, totalement différent du soldat Maillard, mais tout aussi fascinant. Il s'agit du beau lieutenant d'Aulnay-Pradelle. A la différence d'Albert, Pradelle est déterminé, ambitieux, prêt à tout pour s'élever socialement. A un moment de l'histoire, le narrateur le compare au personnage de Javert dans Les Misérables, et effectivement, cette comparaison est juste. D'ailleurs, pour réussir socialement, il n'hésitera pas à épouser Madeleine Péricourt, soeur du troisième personnage important du roman, Edouard Péricourt dont je parlerai tout à l'heure. Madeleine est la fille de Marcel Péricourt, une des plus grosses fortunes parisiennes, et un homme très influent. Seulement, ce dernier n'aime pas son gendre. Il sent en lui la crapule. Soupçon justifié puisque Pradelle va commettre une escroquerie de grande envergure.
       Edouard Péricourt est donc ce troisième personnage important du roman. Devenu une gueule cassée, accro à la morphine, Edouard refuse de se montrer tel quel. Il change donc d'identité et se fait passer pour mort. Il faut dire que la relation père-fils était des plus tendues. Edouard, en effet, ne ressemble en rien aux attentes d'un père tel que Marcel Péricourt. J'ai beaucoup aimé ce personnage extravagant, qui est finalement le digne fils de son père, car lui aussi va commettre une gigantesque escroquerie avec l'aide de son compagnon d'infortune... Albert !
     Tous ces personnages, au caractère bien différent, font la réussite de ce roman. On s'y attache, même Pradelle ne laisse pas indifférent. Et alors, les deux escroqueries dont il est question sont tout simplement époustouflantes. Je ne parlerai pas de la fin qui est très réussie. Bref, un livre passionnant que je n'oublierai pas !

Quelques passages :

"Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps. De la guerre,justement." (premières lignes du roman).

"Mourir le dernier, se disait Albert, c'est comme mourir le premier, rien de plus con." (p.16)

"Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d'avantages, même après."(p.157)

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